# Menuiserie et développement durable : quelles pratiques pour des escaliers écoresponsables ?

La menuiserie évolue rapidement vers des pratiques plus respectueuses de l’environnement, poussée par la prise de conscience écologique croissante et les réglementations comme la RE2020. Les escaliers, éléments structurels majeurs d’une habitation, représentent un enjeu particulièrement important en matière de durabilité. Choisir un escalier écoresponsable ne signifie plus sacrifier l’esthétique ou la qualité, bien au contraire. Les techniques modernes permettent de combiner performance, beauté et respect de l’environnement. Entre sélection rigoureuse des essences de bois, optimisation des procédés de fabrication et valorisation des déchets, les menuisiers disposent aujourd’hui d’un arsenal de solutions pour réduire drastiquement l’empreinte carbone de leurs réalisations. Cette transformation du secteur s’accompagne également d’innovations techniques prometteuses et d’une traçabilité accrue des matériaux utilisés.

Essences de bois certifiées FSC et PEFC pour escaliers durables

Le choix de l’essence de bois constitue la première décision stratégique pour concevoir un escalier écoresponsable. Les certifications FSC (Forest Stewardship Council) et PEFC (Programme de reconnaissance des certifications forestières) garantissent que le bois provient de forêts gérées durablement, où l’exploitation respecte la biodiversité, les sols et les eaux, tout en assurant le renouvellement des arbres. Ces labels vous offrent la garantie d’une traçabilité complète, du lieu d’abattage jusqu’à votre atelier. Aujourd’hui, 70% du chêne utilisé dans la menuiserie française est certifié PEFC, témoignant d’une prise de conscience généralisée du secteur. Les essences certifiées présentent des propriétés mécaniques identiques aux bois non certifiés, mais leur origine contrôlée assure une exploitation forestière qui maintient la capacité de régénération naturelle des forêts.

Chêne européen et douglas local : traçabilité et réduction de l’empreinte carbone

Le chêne européen demeure l’essence privilégiée pour les escaliers haut de gamme, combinant robustesse exceptionnelle et veinage noble. Opter pour du chêne local, provenant de forêts françaises ou européennes, réduit considérablement les distances de transport et donc l’empreinte carbone associée. Le douglas, résineux de qualité originaire d’Amérique du Nord mais désormais bien implanté en France, offre une alternative intéressante avec une excellente résistance mécanique et une durabilité naturelle qui limite les traitements chimiques. Ces essences locales peuvent réduire jusqu’à 60% des émissions de CO2 liées au transport comparativement aux bois exotiques importés. La traçabilité devient un argument commercial majeur pour vous différencier auprès d’une clientèle de plus en plus sensibilisée aux enjeux environnementaux.

Bois exotiques responsables : teck de plantation et bambou densifié

Lorsque les contraintes techniques imposent l’utilisation de bois exotiques, notamment pour les escaliers extérieurs exposés aux intempéries, privilégier le teck de plantation certifié FSC constitue une solution responsable. Contrairement au teck sauvage dont l’exploitation contribue à la déforestation, le teck de plantation provient de forêts spécialement cultivées à cet effet. Le bambou densifié représente une alternative innovante et durable : cette graminée géante pousse extrêmement rapidement (jusqu’à 1 mètre par jour pour certaines espèces) et se régénère naturellement après la coupe

et sans replantation. Une fois densifié et stabilisé, le bambou offre une dureté supérieure à de nombreuses essences feuillues, ce qui en fait un matériau de choix pour les marches et nez de marches soumis à un fort trafic. En optant pour du teck de plantation et du bambou certifiés, vous limitez l’impact sur les forêts primaires tout en bénéficiant d’une excellente durabilité naturelle, notamment en milieu humide. Pour communiquer de façon transparente, vous pouvez mentionner sur vos devis l’origine, la certification et l’empreinte carbone estimée de ces bois exotiques responsables.

Résineux issus de forêts gérées durablement : épicéa et mélèze de montagne

À l’opposé des essences exotiques, les résineux de nos massifs montagneux, comme l’épicéa et le mélèze, constituent une ressource locale précieuse pour fabriquer des escaliers écoresponsables. L’épicéa, léger et facilement usinable, est particulièrement adapté aux structures, limons et contremarches, à condition d’être correctement protégé par des finitions adaptées. Le mélèze, plus dense et naturellement durable, présente une excellente résistance aux intempéries et aux attaques biologiques, ce qui en fait un excellent candidat pour les escaliers extérieurs et les pièces humides.

En travaillant avec des scieries de proximité qui valorisent les bois issus de forêts certifiées PEFC ou FSC, vous participez à la vitalité de la filière bois régionale tout en réduisant les besoins de transport. Le recours aux résineux de montagne permet également de tirer parti de bois parfois déclassés pour la construction lourde, mais parfaitement adaptés à la menuiserie d’escalier après séchage et tri minutieux. Cette approche contribue à une meilleure valorisation de chaque arbre abattu et s’inscrit pleinement dans une logique d’économie circulaire territoriale.

Alternatives innovantes : bois reconstitué et lamellé-collé à faible émission de COV

Au-delà du bois massif, les produits reconstitués comme le lamellé-collé, le bois abouté ou certains panneaux techniques offrent des solutions pertinentes pour concevoir des escaliers durables. Le lamellé-collé permet par exemple de fabriquer des limons cintrés, des marches de grandes largeurs ou des pièces longues et stables à partir de petites sections de bois, limitant ainsi les pertes de matière. En choisissant des colles classées à très faible émission de COV (classe A+), vous réduisez sensiblement l’impact sur la qualité de l’air intérieur, enjeu majeur des bâtiments performants de type RE2020.

Les bois reconstitués issus de chutes de scierie ou de bois de réemploi, lorsqu’ils sont certifiés et correctement caractérisés, permettent également de réduire la pression sur les forêts tout en valorisant des ressources déjà disponibles. Ils conviennent particulièrement bien aux escaliers contemporains aux lignes épurées, où la régularité du veinage et la stabilité dimensionnelle sont recherchées. L’enjeu, pour vous menuisier, est de sélectionner des fournisseurs capables de documenter précisément la composition, les colles et les traitements utilisés, afin de garantir au client final un escalier en bois sain et durable.

Techniques de fabrication bas-carbone en menuiserie d’escalier

Une fois les essences choisies, la manière de fabriquer l’escalier joue un rôle déterminant dans son bilan carbone global. La menuiserie d’escalier peut être très énergivore si l’on multiplie les usinages, les collages et les retouches, ou au contraire vertueuse si chaque étape est optimisée. De l’atelier artisanal à l’unité de production industrielle, les bonnes pratiques convergent : limiter la consommation d’énergie, réduire les déchets, éviter les produits chimiques lourds et allonger la durée de vie de l’ouvrage. Concrètement, cela se traduit par des choix d’assemblage, de séchage et d’outillage qui privilégient la sobriété plutôt que la surenchère technologique.

Assemblages traditionnels à tenon-mortaise sans colles synthétiques

Les assemblages traditionnels à tenon-mortaise, mi-bois ou queue d’aronde, n’ont rien perdu de leur pertinence à l’heure du développement durable. Au contraire, ces techniques d’ébénisterie permettent de limiter, voire de supprimer, le recours aux colles synthétiques dérivées du pétrole. Un limon assemblé par tenons-mortaises chevillés ou des marches encastrées dans des rainures précisément ajustées offrent une excellente tenue mécanique dans le temps, avec une possibilité de démontage ou de réparation en cas de besoin.

Bien sûr, ces méthodes exigent un savoir-faire et un temps d’usinage plus importants, mais elles sont souvent compensées par une réduction des consommables chimiques et par une durabilité supérieure de l’ouvrage. Vous pouvez également opter pour des colles vinyliques ou à base de résines naturelles certifiées sans formaldéhyde ajouté, qui allient performance et faible impact sanitaire. Une bonne analogie est celle de la charpente traditionnelle : comme une ferme en bois bien assemblée, un escalier conçu avec des assemblages mécaniques reste fiable pendant plusieurs décennies, sans dépendre d’un film de colle invisible.

Séchage naturel et procédés de stabilisation thermique économes en énergie

Le séchage du bois représente une phase clé du cycle de fabrication, avec un impact énergétique parfois conséquent. Un séchage trop rapide en étuve peut engendrer des déformations, des tensions internes et des fissures qui vous obligeront à sur-dimensionner les sections ou à multiplier les retouches. À l’inverse, un séchage naturel à l’air libre, complété par un passage en séchoir basse température, permet d’obtenir un bois plus stable, mieux adapté à la précision requise pour un escalier sur mesure.

De plus en plus d’ateliers combinent aujourd’hui stockage sous abri ventilé, séchoirs à récupération de chaleur et systèmes de pilotage précis de l’hygrométrie, afin de réduire la consommation électrique liée au séchage. Les procédés de stabilisation thermique (type bois rétifié ou thermo-traité) peuvent également améliorer la durabilité sans recourir à des bains chimiques lourds, à condition d’être utilisés de manière ciblée. En somme, il s’agit de « cuisiner » le bois avec douceur plutôt que de le « brûler » à coups de kilowatts, pour qu’il reste stable tout au long de la vie de l’escalier.

Machines-outils à faible consommation électrique et aspiration centralisée des poussières

Dans un atelier moderne, les machines-outils (dégauchisseuse, scie à ruban, CNC, ponceuse large bande) représentent un poste important de consommation d’énergie. Passer à des moteurs à haut rendement, installer des variateurs de vitesse et rationaliser les séries de découpe permet de réduire significativement les kWh consommés pour chaque escalier fabriqué. L’organisation des postes de travail, la mutualisation des passes de rabotage ou l’optimisation des programmes CNC participent à cette démarche bas-carbone.

L’aspiration centralisée des poussières est un autre levier majeur, à la fois pour la santé des équipes et pour la performance énergétique globale. Un réseau bien dimensionné, avec des clapets automatiques et une centrale à débit variable, peut diminuer de 20 à 40 % la consommation électrique dédiée à l’aspiration. Cerise sur le gâteau, les copeaux et sciures collectés peuvent être valorisés en chauffage via une chaudière biomasse ou envoyés vers une filière de granulés bois, bouclant ainsi la boucle de l’économie circulaire.

Finitions écologiques : huiles végétales naturelles et cires d’abeille bio

Les finitions jouent un rôle central dans la perception de qualité d’un escalier, mais aussi dans son impact environnemental et sanitaire. Les vernis polyuréthane solvantés, longtemps plébiscités pour leur résistance, émettent des composés organiques volatils (COV) qui dégradent la qualité de l’air intérieur. Aujourd’hui, des alternatives écologiques à base d’huiles végétales (huile de lin, de tung, de chanvre) et de cires naturelles permettent d’obtenir un rendu esthétique très qualitatif tout en limitant les émissions.

Les huiles dures naturelles pénètrent au cœur du bois et le protègent de l’intérieur, laissant apparaître le veinage et la texture. Associées à des cires d’abeille bio ou de carnauba, elles offrent une finition satinée ou mate particulièrement appréciée dans les intérieurs contemporains. Certes, l’entretien (léger) peut être plus régulier que pour certains vernis filmogènes, mais il s’effectue avec des produits non toxiques et renouvelables, dans une logique de soin plutôt que de remplacement. Pour rassurer vos clients, n’hésitez pas à présenter des étiquettes de produits certifiés (sans COV, sans formaldéhyde) et à expliquer la différence entre un escalier « plastifié » et un escalier « nourri » par des finitions naturelles.

Conception bioclimatique et optimisation structurelle des escaliers

Un escalier écoresponsable ne se résume pas à ses matériaux et à sa fabrication : la conception elle-même peut réduire significativement l’impact environnemental du projet. En optimisant les sections, la forme et l’implantation de l’escalier dans le bâtiment, vous limitez le volume de bois nécessaire, améliorez la circulation de la lumière naturelle et participez au confort thermique global. C’est un peu comme pour une structure de pont : plus le calcul est fin, moins on consomme de matière pour la même performance.

Calcul de dimensionnement selon eurocodes pour réduire le volume de matière

Les Eurocodes, et notamment l’Eurocode 5 pour les structures en bois, fournissent un cadre rigoureux pour dimensionner les éléments d’un escalier (limons, marches, poteaux de garde-corps). En s’appuyant sur ces règles de calcul, il est possible de réduire les surépaisseurs « de sécurité » tout en garantissant la résistance et la rigidité nécessaires. Moins de matière ne signifie pas moins de sécurité, à condition de s’appuyer sur des données fiables et des coefficients de sécurité adaptés.

À l’inverse, un dimensionnement approximatif pousse souvent à sur-dimensionner chaque élément « au cas où », ce qui augmente inutilement le volume de bois et le poids de la structure. En travaillant avec un bureau d’études ou en utilisant des logiciels de calcul intégrant les Eurocodes, vous pouvez optimiser précisément le profil des limons, la portée des marches et la répartition des appuis. Cette démarche rejoint la logique du « juste nécessaire » : ni trop, ni trop peu, pour un escalier à la fois léger, robuste et économe en ressources.

Escaliers hélicoïdaux et quart-tournants : économie de matériaux et d’espace

Le choix de la configuration de l’escalier (droit, quart-tournant, hélicoïdal) a un impact direct sur l’emprise au sol, la quantité de matériaux et la circulation dans le logement. Les escaliers hélicoïdaux et quart-tournants, par exemple, permettent souvent de réduire la surface occupée au sol tout en offrant un confort d’usage satisfaisant. En intégrant l’escalier dans un angle, autour d’un noyau central ou dans une cage compacte, vous libérez de la surface habitable et limitez les besoins de doublage et de cloisonnement.

Certes, ces configurations peuvent exiger une conception plus pointue et parfois des pièces courbes ou cintrées, mais elles favorisent une meilleure utilisation du volume global du bâtiment. À l’échelle d’un projet BBC ou RE2020, chaque mètre carré optimisé contribue à réduire la quantité de matériaux de construction et les besoins de chauffage ou de refroidissement. Poser dès la phase esquisse la question « droit ou tournant ? » permet donc de faire d’emblée un choix à la fois architectural et environnemental.

Marches ajourées et structures aériennes pour maximiser la luminosité naturelle

La conception des marches et des garde-corps peut également participer au confort lumineux et thermique de la maison. Des marches ajourées, des limons crémaillères allégés ou l’absence de contremarches favorisent la circulation de la lumière naturelle entre les niveaux. Dans une pièce de vie, un escalier aérien fonctionne comme un filtre plutôt que comme un mur opaque, réduisant le besoin d’éclairage artificiel en journée.

Cette transparence peut être renforcée par des garde-corps en remplissage de câbles inox, de verre ou de barreaudages fins, à condition de respecter les normes de sécurité. Du point de vue énergétique, un escalier qui laisse passer la lumière solaire et la chaleur vers l’étage supérieur s’inscrit pleinement dans une logique bioclimatique. Vous contribuez ainsi à faire de l’escalier un élément de confort passif, et non plus seulement un moyen de circulation.

Solutions de traitement et protection écologiques du bois

Pour qu’un escalier en bois reste durable sans multiplier les interventions lourdes, le choix des traitements et protections est crucial. L’objectif n’est pas de « momifier » le bois sous des couches de produits chimiques, mais de renforcer naturellement sa résistance aux agressions (insectes, champignons, UV, humidité). Là encore, les solutions écologiques progressent rapidement et permettent de se passer de biocides toxiques tout en garantissant une excellente longévité.

Traitements thermiques haute température par rétification contre les insectes xylophages

La rétification, ou traitement thermique haute température, consiste à chauffer le bois entre 160 et 230 °C en atmosphère contrôlée, sans ajout de produits chimiques. Ce procédé modifie la structure des fibres, réduit l’hygroscopicité et améliore la résistance aux champignons et aux insectes xylophages. Utilisé de manière raisonnée, il permet de rendre des essences locales (comme le peuplier ou certains résineux) aussi durables que des bois exotiques pour certains usages.

Pour les escaliers intérieurs, la rétification peut être intéressante sur les pièces les plus exposées à l’humidité ou aux variations de température, comme les marches proches d’une entrée ou d’un sous-sol. Elle évite le recours systématique à des traitements en autoclave ou à des saturateurs très chargés en solvants. On peut comparer cela à une cuisson lente : le bois devient plus stable et moins « appétissant » pour les insectes, tout en conservant sa nature renouvelable et recyclable.

Saturateurs à base d’huile de lin et essence d’agrumes

Pour protéger les escaliers extérieurs ou les parties de bois régulièrement sollicitées (nez de marche, garde-corps), les saturateurs à base d’huile de lin et d’essences d’agrumes offrent une alternative naturelle aux produits solvantés classiques. Ces formulations pénètrent profondément dans le bois, limitant les reprises d’eau et les déformations tout en laissant le matériau respirer. Les essences d’orange ou de citron servent de diluants biosourcés, remplaçant les solvants pétroliers habituellement utilisés.

Ces saturateurs sont particulièrement adaptés aux essences naturellement durables (mélèze, douglas, chêne) et permettent d’entretenir l’escalier avec une simple remise en couche périodique, sans ponçage intensif. Pour vos clients, l’avantage est double : une odeur beaucoup plus agréable à l’application et une exposition réduite aux COV. Côté menuisier, ils offrent une mise en œuvre simple et une compatibilité avec la plupart des bois utilisés en menuiserie d’escalier.

Lasures microporeuses sans solvants pétroliers pour bois extérieurs

Lorsque l’on souhaite préserver l’aspect d’origine du bois tout en offrant une protection durable contre les UV et les intempéries, les lasures microporeuses sont souvent incontournables. Les versions modernes, en phase aqueuse et sans solvants pétroliers, combinent une bonne résistance extérieure et une très faible émission de COV. Microporeuses, elles laissent la vapeur d’eau s’échapper tout en bloquant l’eau liquide, limitant ainsi les risques de cloques et d’écaillage.

Pour un escalier extérieur, une lasure teintée permet de renforcer la protection UV tout en harmonisant les nuances du bois, ce qui est particulièrement utile sur des structures mêlant différentes essences ou des pièces de bois reconstitué. En choisissant des produits porteurs de labels environnementaux reconnus et en respectant les cycles d’entretien recommandés, vous prolongez la durée de vie de l’escalier tout en évitant les produits les plus nocifs pour l’environnement.

Valorisation des chutes et économie circulaire en atelier

La durabilité d’un escalier ne s’arrête pas à sa sortie d’atelier : la manière dont vous gérez les chutes, sciures et éléments non utilisés fait aussi partie intégrante de votre démarche écoresponsable. Dans la menuiserie traditionnelle, les « restes » de bois ont toujours été réemployés pour le chauffage, les petites pièces ou les réparations. Aujourd’hui, cette logique se structure autour de l’économie circulaire, avec des partenariats et des filières de plus en plus organisés.

Récupération des dosses pour contremarches et éléments décoratifs

Les dosses, ces parties périphériques du tronc souvent irrégulières ou à fort aubier, sont parfois reléguées au rang de bois de feu. Pourtant, correctement sélectionnées et recoupées, elles peuvent devenir de très beaux éléments de contremarches, de plinthes ou de décorations murales associées à l’escalier. Le veinage plus marqué, la présence de nœuds ou de contrastes de couleur peuvent même être mis en valeur dans des projets au style rustique chic ou contemporain chaleureux.

En intégrant cette valorisation des dosses dès la phase de débit, vous limitez les volumes de déchets et ajoutez une dimension esthétique unique à vos réalisations. Expliquez à vos clients que chaque contremarche provient d’une partie de l’arbre qui aurait pu être perdue : cette histoire renforce le caractère singulier de l’escalier et illustre concrètement votre engagement en faveur du développement durable.

Partenariats avec filières de granulés et panneaux de particules recyclés

Les copeaux fins, sciures et chutes trop petites pour être réutilisées en menuiserie représentent encore un gisement énergétique et matière non négligeable. De nombreux ateliers nouent désormais des partenariats avec des fabricants de granulés de bois ou des industriels du panneau de particules, pour leur fournir une matière première locale et propre. Cette démarche permet de donner une seconde vie à chaque kilo de bois transformé et de réduire le recours aux combustibles fossiles.

En parallèle, l’achat de panneaux de particules contenant une part de bois recyclé, certifiés et faiblement émissifs en formaldéhyde, boucle la boucle de l’économie circulaire. Ces panneaux peuvent servir pour des éléments non structurels de l’escalier (trappes, contre-structures, rangements intégrés sous escalier) ou pour l’aménagement global de la pièce. Vous transformez ainsi un flux de déchets en ressource, dans une logique de circuit court vertueuse pour l’ensemble de la filière.

Upcycling de bois de démolition : poutres anciennes et parquet de récupération

L’upcycling, ou surcyclage, consiste à transformer des matériaux de récupération en objets de valeur supérieure. Dans le domaine des escaliers, cela peut se traduire par la réutilisation de poutres anciennes, de marches d’anciens escaliers ou de lames de parquet pour créer de nouvelles marches, limons ou garde-corps. Les bois récupérés, une fois désaussés, brossés et reponcés, offrent souvent une densité et un caractère que l’on ne trouve plus dans les sciages modernes.

Un escalier fabriqué à partir de bois de démolition raconte une histoire et séduit de plus en plus de clients en quête d’authenticité et de cohérence écologique. Il convient bien sûr de vérifier l’absence de polluants (anciennes peintures au plomb, traitements insecticides obsolètes) et de reconditionner les pièces selon les normes actuelles. Mais une fois ce travail réalisé, vous obtenez un produit unique, qui incarne la philosophie même du développement durable : faire du neuf avec de l’ancien, sans compromis sur la qualité.

Certifications et labels environnementaux pour escaliers écoresponsables

Pour un particulier comme pour un maître d’ouvrage professionnel, il n’est pas toujours simple de juger du caractère réellement écoresponsable d’un escalier. C’est là que les certifications, labels et normes entrent en jeu : ils apportent un cadre objectif et vérifiable, qui valorise vos bonnes pratiques et rassure vos clients. Au-delà des labels forestiers (FSC, PEFC), il existe toute une palette d’outils pour évaluer la performance environnementale des menuiseries intérieures, dont les escaliers.

Marquage CE et conformité aux normes NF B53-200 et EN 12158

Le marquage CE, obligatoire pour de nombreux produits de construction, atteste la conformité de l’escalier à des exigences techniques et de sécurité définies au niveau européen. En menuiserie d’escalier, il s’accompagne souvent du respect de normes spécifiques comme la NF B53-200 (dimensions, résistance, ergonomie des escaliers) ou la EN 12158 pour certains composants. Même si ces normes ne sont pas à proprement parler « environnementales », elles constituent un prérequis pour parler d’escalier durable : un ouvrage qui doit être remplacé prématurément faute de conformité n’a rien d’écoresponsable.

Pour vous, afficher clairement cette conformité dans vos documents commerciaux et vos fiches techniques est un premier pas vers une démarche de transparence globale. Couplée à des déclarations environnementales (FDES) ou à des fiches techniques sur les essences et les finitions, elle contribue à construire la confiance et à distinguer vos escaliers de ceux, moins documentés, de la grande distribution.

Écolabels ange bleu et nature plus pour garantir la non-toxicité

Certains écolabels, comme l’Ange Bleu (Blauer Engel) en Allemagne ou Natureplus en Europe, se concentrent sur la qualité sanitaire et environnementale des produits de construction. Ils intègrent des critères stricts concernant la teneur en substances dangereuses, les émissions de COV, l’origine des matières premières et la recyclabilité. Pour un escalier, ces labels peuvent s’appliquer aux panneaux bois, aux colles, aux vernis ou aux huiles utilisés.

Intégrer dans vos projets des produits porteurs de ces écolabels, c’est réduire l’exposition des occupants à des polluants intérieurs et garantir que les composants de l’escalier s’inscrivent dans une logique de cycle de vie maîtrisé. Vous pouvez par exemple privilégier des huiles et lasures certifiées, ou des panneaux de marche labellisés, et mentionner ces choix dans vos devis et fiches techniques. À terme, il est probable que les cahiers des charges des constructions neuves exigent de plus en plus ce type de garanties.

Bilan carbone et analyse du cycle de vie selon ISO 14040

Pour aller encore plus loin, certains fabricants d’escaliers réalisent un bilan carbone ou une analyse du cycle de vie (ACV) de leurs produits, selon les standards internationaux comme la norme ISO 14040. Cette approche prend en compte l’ensemble des étapes, de l’extraction des matières premières jusqu’à la fin de vie de l’escalier (réemploi, recyclage, valorisation énergétique), en passant par la fabrication, le transport et l’utilisation. Elle permet de quantifier précisément les émissions de CO2 et les impacts environnementaux associés à chaque décision de conception.

Pour vous, même sans aller jusqu’à une ACV complète, il peut être très utile de comparer différents scénarios : escalier tout bois local, combinaison bois + métal recyclé, bois exotique certifié, etc. Certains configurateurs, développés par des réseaux de fabricants, fournissent déjà ce type de simulation et remettent au client un certificat indiquant les émissions de CO2 de son escalier. En communiquant ces données, vous transformez l’escalier en un véritable acte d’engagement environnemental, mesurable et assumé, et vous donnez à vos clients les moyens de faire un choix éclairé.