
L’escalier constitue l’un des éléments architecturaux les plus critiques des bâtiments d’habitation collective. Au-delà de sa fonction première de liaison verticale entre les étages, il cristallise de multiples enjeux techniques, réglementaires et sociaux qui façonnent l’expérience quotidienne des résidents. Dans un contexte où l’accessibilité universelle devient une exigence incontournable et où la sécurité incendie impose des contraintes techniques strictes, la conception des escaliers collectifs nécessite une approche pluridisciplinaire rigoureuse.
Les défis contemporains de l’habitat social et de la copropriété transforment profondément les exigences relatives aux escaliers. L’évolution démographique, avec le vieillissement de la population, impose de repenser ces espaces de circulation pour garantir leur utilisation par tous. Parallèlement, les nouvelles réglementations thermiques et environnementales redéfinissent les modalités d’intégration de ces structures dans l’enveloppe du bâtiment.
Réglementation ERP et normes d’accessibilité pour escaliers collectifs
Le cadre réglementaire français impose des exigences particulièrement strictes pour les escaliers des bâtiments d’habitation collective. Ces dispositions, issues de plusieurs textes complémentaires, visent à garantir la sécurité et l’accessibilité de tous les usagers, y compris les personnes à mobilité réduite.
Code de la construction et de l’habitation : articles R111-5 à R111-14
Les articles R111-5 à R111-14 du Code de la construction et de l’habitation définissent le socle réglementaire applicable aux escaliers des parties communes. Ces dispositions établissent des exigences dimensionnelles précises : la largeur minimale entre mains courantes doit atteindre 1,20 mètre, permettant le croisement de deux personnes en sécurité. Cette dimension peut être réduite à 1 mètre dans certaines configurations spécifiques, notamment lorsque l’escalier dessert moins de dix logements.
La réglementation impose également des contraintes géométriques strictes pour les marches. La hauteur maximale est fixée à 16 centimètres avec une tolérance de 10%, tandis que la formule de Blondel 2h + g = 60 à 65 centimètres détermine la relation entre hauteur et giron. Cette approche mathématique garantit un rapport ergonomique optimal entre l’effort physique requis et le confort d’utilisation.
Arrêté du 1er août 2006 sur l’accessibilité PMR dans les bâtiments d’habitation
L’arrêté du 1er août 2006 constitue le texte de référence en matière d’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite dans l’habitat collectif neuf. Il introduit des dispositions spécifiques concernant la signalisation tactile et visuelle des escaliers. Un revêtement d’éveil à la vigilance doit être installé à 50 centimètres de la première marche, créant un contraste tactile et visuel perceptible par les personnes déficientes visuelles.
Les nez de marche font l’objet d’une attention particulière : ils doivent être équipés d’une bande contrastée d’une profondeur minimale de 4 centimètres sur la première et la dernière marche de chaque volée. Cette disposition, apparemment anodine, joue un rôle crucial dans la prévention des chutes, particulièrement pour les personnes âgées ou malvoyantes. L’éclairage artificiel doit garantir un minimum de 150 l
ux en tout point de l’escalier, afin de supprimer les zones d’ombre et de garantir un repérage fiable des nez de marche et des paliers. Dans la pratique, cela implique de combiner un éclairage général homogène avec des sources ponctuelles (appliques murales, bandeaux LED) positionnées de manière à éviter l’éblouissement tout en assurant un contraste suffisant sur chaque marche. L’objectif est que vous puissiez identifier clairement la première et la dernière marche, quelle que soit la situation lumineuse extérieure.
Norme NF P01-012 : dimensionnement des marches et contremarches
La norme NF P01-012 complète utilement le cadre réglementaire en précisant les règles de dimensionnement des marches et contremarches des escaliers accessibles au public. Elle définit notamment les plages de valeurs acceptables pour la hauteur de marche, le giron, ainsi que les tolérances d’exécution, afin de garantir un confort d’usage homogène sur l’ensemble de la volée. Pour un escalier dans l’habitat collectif, viser une hauteur de marche autour de 16 à 17 centimètres et un giron de 28 à 30 centimètres reste une configuration couramment admise.
La norme insiste également sur la régularité des marches dans une même volée : toute variation de hauteur ou de profondeur supérieure à quelques millimètres peut perturber le rythme de montée ou de descente, et donc augmenter significativement le risque de chute. On peut comparer cela à une marche ratée dans une chorégraphie : dès qu’un pas est différent, l’équilibre général est compromis. Par ailleurs, NF P01-012 aborde les caractéristiques des nez de marche, qui doivent être non glissants, non saillants et, lorsque des profils sont ajoutés, intégrés sans créer de ressaut dangereux.
En matière de contremarches, la norme préconise des contremarches pleines, éventuellement légèrement inclinées vers l’intérieur (jusqu’à 2,5 centimètres), afin de limiter les pièges à pied et l’accumulation de saletés. Cette configuration améliore le confort des personnes ayant des difficultés à lever les pieds, notamment les seniors ou les usagers avec déambulateur. Dans un immeuble collectif, harmoniser les escaliers avec ces principes permet d’offrir un parcours cohérent pour tous les résidents, de la cave aux derniers étages.
Réglementation incendie : dégagements et largeurs minimales selon l’arrêté du 31 janvier 1986
L’arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre l’incendie dans les bâtiments d’habitation introduit une autre dimension essentielle pour l’escalier collectif : son rôle de dégagement protégé. En cas de sinistre, l’escalier devient la colonne vertébrale de l’évacuation. Il doit donc présenter une largeur minimale adaptée au nombre de logements desservis, mais aussi une résistance au feu compatible avec la durée d’évacuation nécessaire. Selon la catégorie de l’immeuble (1re à 4e famille), les exigences de stabilité au feu (coupe-feu, pare-flamme) varient et conditionnent la conception des parois de cage et des portes palières.
Les largeurs minimales réglementaires de l’escalier et de ses paliers sont définies de façon à permettre le croisement des occupants évacuant et des secours intervenant, même en situation de panique. Vous imaginez aisément la difficulté de manœuvrer un brancard dans un escalier trop étroit : c’est précisément ce type de scénario que le texte entend éviter. L’arrêté encadre également la continuité des dégagements, l’absence d’obstacles, la limitation des dispositifs saillants et la protection contre les fumées (désenfumage naturel ou mécanique, portes coupe-feu à fermeture automatique).
Dans l’habitat collectif, articuler réglementation incendie et normes d’accessibilité peut sembler complexe, voire contradictoire. Pourtant, les deux approches convergent vers un même objectif : garantir que chacun, y compris les personnes à mobilité réduite, puisse évacuer ou être évacué dans des conditions acceptables de sécurité. C’est pourquoi il est indispensable, dès la phase de conception de l’escalier, d’organiser un dialogue entre architecte, bureau de contrôle, coordinateur SSI et, idéalement, futur syndic ou gestionnaire.
Conception architecturale et dimensionnement technique des escaliers
Au-delà du respect des textes, la conception architecturale d’un escalier collectif relève d’un véritable exercice d’équilibre entre ergonomie, contraintes structurelles et optimisation de surface. Comment intégrer un escalier confortable et conforme sans sacrifier des mètres carrés de logements, souvent précieux dans l’habitat social comme en copropriété privée ? C’est là que le dimensionnement technique, l’implantation dans le plan et le choix des matériaux deviennent stratégiques.
L’escalier doit s’inscrire dans la trame du bâtiment tout en assurant une lisibilité claire des circulations. Un mauvais positionnement peut générer des recoins sombres, des conflits d’usage avec les locaux techniques ou les locaux vélos, voire des nuisances acoustiques importantes pour les appartements adjacents. À l’inverse, un escalier bien pensé peut devenir un véritable espace de convivialité, favorisant les rencontres informelles entre voisins et participant à la qualité d’usage de l’immeuble.
Calcul de l’emmarchement selon la formule de blondel
La fameuse formule de Blondel, 2h + g = 60 à 65 cm, reste la référence pour le calcul de l’emmarchement dans les escaliers d’habitation collective. Elle établit une relation simple entre la hauteur de marche (h) et le giron (g) afin d’obtenir un pas confortable pour la majorité des usagers. On peut la comparer à une recette de cuisine : modifier un seul ingrédient sans rééquilibrer l’ensemble et la préparation devient désagréable à consommer. Ici, un escalier avec des marches trop hautes et un giron trop faible fatigue vite l’utilisateur et augmente le risque de chute.
Dans la pratique, la plupart des concepteurs visent une valeur de 2h + g autour de 62 à 63 centimètres, qui offre un bon compromis entre encombrement au sol et confort de marche. Par exemple, une hauteur de 16,5 centimètres associée à un giron de 29 centimètres donne un résultat de 61 centimètres, souvent jugé très acceptable pour un escalier collectif. Cette optimisation doit être réalisée en cohérence avec la hauteur à franchir entre deux niveaux et les contraintes de trémie disponibles, ce qui nécessite parfois plusieurs itérations de calcul.
Le dimensionnement ne se limite pas à la volée : les paliers doivent offrir une profondeur minimale de 1,20 mètre entre mains courantes, afin de permettre les demi-tours, les croisements et, en cas de besoin, le stationnement d’une personne avec canne ou déambulateur. Vous l’aurez compris, travailler l’emmarchement, c’est penser globalement la fluidité de déplacement dans la cage d’escalier, et pas seulement la succession des marches.
Matériaux structurels : béton armé, acier galvanisé et bois lamellé-collé
Le choix des matériaux structurels pour un escalier collectif conditionne à la fois sa durabilité, son acoustique, son entretien et son intégration esthétique. Le béton armé reste la solution la plus répandue dans l’habitat collectif, notamment pour sa robustesse, sa bonne tenue au feu et sa capacité à s’intégrer dans le voile porteur de la cage. Un escalier en béton bien désolidarisé des planchers limite également les transmissions de bruits d’impact, ce qui est loin d’être anodin pour le confort des occupants.
L’acier galvanisé, souvent associé à des marches caillebotis ou à des plateaux en tôle perforée, est davantage utilisé pour les escaliers extérieurs ou de secours. Sa légèreté et sa préfabrication en atelier en font un allié précieux lorsqu’il faut ajouter un escalier à un bâtiment existant sans surcharge excessive. Toutefois, la question de la glissance par temps de pluie et du confort thermique (marches froides sous le pied) doit être soigneusement anticipée, par exemple via des revêtements antidérapants et des nez de marche adaptés.
Le bois lamellé-collé, enfin, connaît un regain d’intérêt dans les opérations d’habitat collectif à forte ambition environnementale. Matériau renouvelable, offrant une ambiance chaleureuse, il peut être mis en œuvre pour des escaliers intérieurs, à condition de traiter correctement les questions de réaction au feu, de stabilité dimensionnelle et de protection contre l’usure. Un escalier collectif en bois exige un entretien plus suivi, mais il peut devenir un véritable élément de valorisation architecturale, notamment dans les résidences contemporaines ou les programmes de réhabilitation.
Systèmes de garde-corps : conformité NF E85-015 et résistance aux charges
Les garde-corps d’escaliers dans l’habitat collectif doivent répondre à un double enjeu : prévenir les chutes et résister aux sollicitations mécaniques liées aux usages quotidiens. La norme NF E85-015 fixe les exigences en matière de résistance aux charges horizontales, aux chocs et aux déformations admissibles. Concrètement, un garde-corps doit pouvoir encaisser la poussée simultanée de plusieurs personnes sans se déformer de manière dangereuse ni se rompre.
La hauteur réglementaire minimale est généralement de 1 mètre sur palier et de 90 centimètres sur volée, mesurée depuis le nez de marche. Les vides entre barreaux ou éléments verticaux ne doivent pas permettre le passage d’un gabarit de 11 centimètres, afin d’éviter le coincement d’un enfant. Là encore, pensez à une grille de protection sur une fenêtre : plus les mailles sont larges, plus le risque de passage est grand. Les concepteurs doivent donc arbitrer entre transparence visuelle, légèreté esthétique et sécurité absolue.
Les mains courantes, intégrées au garde-corps ou indépendantes, doivent offrir une préhension confortable et continue. Leur forme (ronde ou ovale) et leur diamètre (entre 3 et 4,5 centimètres) sont déterminants pour permettre une prise en main efficace, y compris pour les personnes ayant une faible force de préhension. Enfin, le contraste visuel entre la main courante et la paroi, souvent négligé, facilite considérablement le repérage pour les personnes malvoyantes, en particulier dans les escaliers peu éclairés naturellement.
Éclairage technique : luminaires LED encastrés et détection de mouvement
L’éclairage des cages d’escaliers collectives ne se résume plus à quelques ampoules commandées par un simple minuterie. Les technologies LED et les systèmes de détection de présence permettent aujourd’hui d’assurer un niveau d’éclairement élevé, constant et économe en énergie. Pour atteindre les 150 lux recommandés en tout point de l’escalier, il est fréquent de combiner un éclairage zénithal, des appliques murales et des luminaires encastrés dans les contremarches ou le limon.
Les détecteurs de mouvement et de luminosité ajustent l’allumage en fonction du passage et de la lumière naturelle, ce qui réduit significativement la consommation électrique des parties communes. Vous avez sans doute déjà expérimenté ces systèmes où la lumière s’adapte à votre progression dans l’escalier, offrant un cheminement sécurisé sans gaspillage énergétique. Toutefois, le positionnement des détecteurs doit être étudié avec soin pour éviter les extinctions intempestives lorsqu’un usager reste immobile, par exemple en discutant sur un palier.
Enfin, la température de couleur des LED (environ 3000 à 3500 K) et l’indice de rendu des couleurs (IRC) influent directement sur le confort visuel. Un éclairage trop froid peut rendre les marches plus difficiles à percevoir, tandis qu’un éclairage trop chaud peut diminuer le contraste. Travailler la photométrie de l’escalier, c’est en quelque sorte « dessiner » la lumière pour guider les pas des occupants, de jour comme de nuit.
Maintenance préventive et pathologies courantes des escaliers collectifs
Une fois l’escalier collectif livré et mis en service, la question de sa maintenance devient centrale pour le syndic ou le bailleur social. Un escalier mal entretenu se dégrade rapidement : revêtements usés, nez de marche décollés, garde-corps desserrés, éclairage défaillant… Autant de signaux qui augmentent le risque d’accident et engagent la responsabilité du gestionnaire. À l’inverse, une politique de maintenance préventive bien structurée prolonge la durée de vie de l’ouvrage et sécurise les coûts pour la copropriété.
Les pathologies courantes des escaliers collectifs sont souvent liées à un usage intensif et à des agressions répétées (eau de lavage, sel de déneigement, chocs d’objets transportés). Anticiper ces phénomènes permet d’adapter le choix des matériaux, des traitements de surface et des techniques de mise en œuvre. Mais cela implique aussi d’organiser des inspections régulières et des interventions ciblées avant que les désordres ne deviennent structurels.
Usure différentielle des revêtements : carrelage grès cérame et résine époxy
Sur les marches et paliers, le choix du revêtement de sol conditionne autant l’esthétique que la longévité. Le carrelage en grès cérame, très répandu, offre une excellente résistance à l’abrasion et aux chocs, mais il nécessite une pose soignée pour éviter les décollements ou les fissurations localisées. Les joints doivent être adaptés aux sollicitations, et le classement antidérapant (type R10 ou R11) doit être vérifié, en particulier pour les escaliers donnant sur l’extérieur.
La résine époxy ou polyuréthane, appliquée en système mince ou semi-épais, constitue une alternative intéressante, notamment en rénovation. Elle permet de rattraper de légers défauts de planéité, de créer des contrastes de couleur sur les nez de marche et d’offrir une surface facilement nettoyable. Cependant, une résine mal formulée ou mal posée peut jaunir, buller ou se délaminer sous l’effet de l’humidité ascendante ou des produits de nettoyage trop agressifs. Là encore, un diagnostic préalable et une prescription précise sont indispensables.
L’usure différentielle se manifeste souvent sur la partie centrale des marches et des paliers, là où le flux piéton est le plus concentré. Vous avez sans doute remarqué ces escaliers où le centre des marches est poli, alors que les bords restent presque neufs. Un plan de maintenance intelligent peut prévoir des revêtements plus performants sur ces zones de passage intense ou une stratégie de remplacement partiel par lés ou dalles, afin d’optimiser les coûts dans le temps.
Diagnostic structurel : fissuration du béton et corrosion des armatures
Sur le plan structurel, les escaliers en béton armé peuvent présenter, au fil des années, des fissures, des épaufrures ou des signes de corrosion des armatures. Ces pathologies sont souvent liées à des défauts de couverture en béton, à des infiltrations d’eau depuis les paliers extérieurs, ou encore à l’utilisation de sels de déverglaçage. Une simple fissure de retrait, purement esthétique, n’a pas les mêmes conséquences qu’une fissure active liée à un mouvement structurel ou à la corrosion des aciers.
Un diagnostic structurel complet s’appuie sur une inspection visuelle détaillée, complétée si nécessaire par des mesures (ferroscan, carottages, essais de carbonatation). L’objectif est de distinguer les désordres superficiels des pathologies pouvant compromettre la sécurité de l’escalier. En copropriété, ce type de diagnostic est souvent intégré au plan pluriannuel de travaux, afin de programmer les réparations lourdes (réparation de béton, reprise de garde-corps, renforcement ponctuel) avant que les coûts ne s’envolent.
Lorsque des armatures sont mises à nu ou rouillées, une intervention rapide est indispensable : nettoyage, passivation, reconstitution du béton avec un mortier de réparation adapté, voire ajout de protection hydrophobe en surface. On peut comparer ce processus à la réparation d’une carie sur une dent : attendre trop longtemps, c’est prendre le risque d’une atteinte plus profonde nécessitant un traitement beaucoup plus lourd.
Protocoles d’entretien selon le plan pluriannuel de travaux copropriété
Depuis l’obligation de mettre en place un plan pluriannuel de travaux (PPT) pour de nombreuses copropriétés, l’escalier a logiquement trouvé sa place parmi les postes à suivre dans la durée. Le syndic, assisté éventuellement d’un maître d’œuvre, doit définir des protocoles d’entretien réguliers : nettoyage, vérification des nez de marche, contrôle des fixations de garde-corps et de mains courantes, essais des commandes d’éclairage et des dispositifs d’alarme incendie.
Ces protocoles peuvent être organisés en plusieurs niveaux : un contrôle visuel mensuel par le gardien ou l’entreprise de nettoyage, un contrôle annuel plus approfondi par un professionnel (électricien, métallier, béton), et un audit complet tous les 10 à 15 ans dans le cadre du PPT. Vous vous demandez peut-être si cela n’est pas excessif ? En réalité, ce suivi régulier permet d’anticiper les travaux lourds et de lisser les dépenses, plutôt que de subir des interventions d’urgence coûteuses après un accident ou un sinistre.
Une bonne pratique consiste à documenter chaque intervention sur l’escalier (remplacement d’un luminaire, réparation d’une marche, renforcement d’un garde-corps) dans un carnet d’entretien spécifique. Ce document, parfois numérique, facilite la transmission d’informations lors du changement de syndic ou de maître d’œuvre et contribue à la transparence vis-à-vis des copropriétaires.
Rénovation énergétique : isolation thermique des cages d’escalier
La rénovation énergétique des bâtiments d’habitation collective amène à reconsidérer le rôle thermique des cages d’escalier. Longtemps considérées comme des espaces « tampons » non chauffés, elles peuvent aujourd’hui devenir des zones de déperdition importantes si elles sont mal isolées ou si les parois donnant sur l’extérieur restent peu performantes. L’isolation par l’extérieur (ITE) offre souvent la solution la plus efficace, en enveloppant la cage d’escalier avec le reste du bâti, sans réduire les largeurs de passage réglementaires.
Lorsque l’ITE n’est pas possible, une isolation par l’intérieur des parois de la cage d’escalier peut être envisagée, avec des précautions particulières. Il faut notamment vérifier que l’ajout d’isolant ne vient pas empiéter sur les largeurs minimales de circulation, ni entraver le fonctionnement des dispositifs de désenfumage. De même, le traitement des ponts thermiques au droit des dalles de plancher et des marches doit être étudié pour éviter les risques de condensation et de moisissures dans les angles.
Enfin, l’amélioration de l’étanchéité à l’air des portes palières et des ouvrants de la cage contribue à la performance globale du bâtiment, tout en améliorant le confort acoustique. En réhabilitant une cage d’escalier, vous avez ainsi l’opportunité de traiter simultanément les enjeux énergétiques, sécuritaires et esthétiques, à condition d’adopter une approche globale et coordonnée.
Gestion des flux de circulation et optimisation des espaces
Dans l’habitat collectif, l’escalier est un maillon central de la gestion des flux de circulation. Il doit permettre la cohabitation harmonieuse de multiples usages : déplacement quotidien des résidents, déménagements, accès des services (livraison, entretien), évacuation en cas d’incendie. Comment éviter les conflits d’usage et les engorgements, notamment aux heures de pointe ? La réponse tient à la fois dans le dimensionnement, l’implantation et la signalisation.
Un escalier bien positionné par rapport aux ascenseurs et aux accès extérieurs encourage l’usage de la marche plutôt que la dépendance systématique à l’ascenseur, avec un impact positif sur la santé des occupants et sur la disponibilité des cabines pour les personnes qui en ont réellement besoin. Dans les immeubles de grande hauteur ou très denses, la redondance des escaliers peut être envisagée pour séparer certains flux (public / service, par exemple) et réduire l’usure prématurée d’une seule cage.
L’optimisation des espaces autour de l’escalier passe aussi par le traitement des paliers intermédiaires et des zones de retournement. Plutôt que de laisser ces surfaces devenir des espaces de stockage sauvage (vélos, poussettes, encombrants), il est possible de les aménager de manière sobre : bancs intégrés, patères, petites niches pour boîtes à colis, voire éléments de végétalisation. Ces aménagements doivent toutefois rester compatibles avec les exigences de dégagement libres pour l’évacuation et ne jamais réduire les largeurs effectives.
Intégration paysagère et esthétique dans l’habitat social
Dans l’habitat social, l’escalier est souvent perçu comme un espace purement fonctionnel, parfois négligé en termes de qualité architecturale. Pourtant, il participe pleinement à l’image du bâtiment et à la perception qu’ont les résidents de leur cadre de vie. Un escalier lumineux, bien signalé, aux finitions soignées, contribue à renforcer le sentiment de sécurité et de respect du lieu, ce qui peut avoir un effet direct sur le niveau de dégradations et de vandalisme.
L’intégration paysagère concerne en particulier les escaliers extérieurs reliant les entrées d’immeubles aux cheminements piétons, aux parkings ou aux jardins partagés. Travailler les emmarchements, les garde-corps, les murets et les plantations permet de fondre ces structures dans le paysage, plutôt que de les imposer comme des objets techniques brutaux. Vous pouvez par exemple associer un escalier en béton matricé à des talus plantés, des assises en gabions ou des rampes végétalisées, créant ainsi une séquence de transition douce entre espace public et espace résidentiel.
À l’intérieur, la couleur, la lumière naturelle et les matériaux de finition jouent un rôle déterminant. Des murs clairs, des mains courantes contrastées, des œuvres graphiques ou des signalétiques soignées peuvent transformer une cage d’escalier en véritable parcours architectural. Dans de nombreuses opérations récentes d’habitat social, les bailleurs choisissent d’investir dans ces espaces pour valoriser les résidences et améliorer la qualité d’usage au quotidien, convaincus que l’escalier n’est pas un simple « mal nécessaire », mais un levier de bien-vivre ensemble.
Responsabilité juridique du syndic et assurance dommages-ouvrage
Sur le plan juridique, l’escalier dans l’habitat collectif se trouve au croisement de plusieurs régimes de responsabilité. Le syndic de copropriété, ou le bailleur social, a l’obligation d’assurer la sécurité des parties communes. Un défaut d’entretien manifeste (nez de marche arraché, éclairage défaillant, garde-corps branlant) peut engager sa responsabilité en cas d’accident, sur le fondement du défaut d’entretien ou du trouble anormal de voisinage. D’où l’importance de consigner les interventions et de prouver la diligence mise en œuvre.
Pour les ouvrages neufs ou les rénovations lourdes d’escaliers, l’assurance dommages-ouvrage (DO) joue un rôle clé. Elle garantit le financement rapide des réparations relevant de la garantie décennale, c’est-à-dire des désordres compromettant la solidité de l’ouvrage ou le rendant impropre à sa destination. Un effondrement partiel d’escalier, une fissuration généralisée ou un défaut majeur de garde-corps peuvent ainsi être pris en charge dans ce cadre, après expertise. Il est donc essentiel que les travaux structurants sur l’escalier soient réalisés par des entreprises assurées et correctement déclarés.
Enfin, la responsabilité des concepteurs (architecte, bureau d’études) peut également être engagée si l’escalier ne respecte pas les normes d’accessibilité ou les réglementations incendie applicables au moment du dépôt de permis de construire. Un escalier trop étroit, mal désenfumé ou sans dispositifs d’éveil à la vigilance peut constituer un vice de conception. Pour vous, en tant que copropriétaire ou gestionnaire, cela signifie qu’une vigilance particulière doit être portée lors de la réception de l’immeuble et des travaux, en s’appuyant au besoin sur un assistant à maîtrise d’ouvrage ou un bureau de contrôle indépendant.